• Cartes sur table

    Belle journée à toutes et tous sarcastic ,

    Lundi, place à l'insolite avec cette nouvelle histoire tirée de mon recueil "Mystère" (il m'en reste encore quelques-uns !!!)

    Cartes sur table

    Cartes sur table

    Annemasse, Genève, Thonon-les-Bains, Annecy…Évoquer seulement le nom de ces villes me ramène irrémédiablement au cœur de  mes meilleurs souvenirs de jeunesse. Je m’y revois heureuse, apaisée et je ne peux m’empêcher de ressentir comme un petit pincement très doux. Ces sites sont si majestueux qu’ils sont sûrement dotés de pouvoirs magiques qui agissent sur tous ceux qui les fréquentent.

    Impossible de s’y rendre sans ressentir un bien-être fou et du bonheur rien qu’en découvrant la beauté et l’immensité des paysages, la sérénité des montagnes et la quiétude des lacs.

    Cette immersion dans cette région a eu lieu pour moi en plein été, pendant les grandes vacances. J’avais dix-huit ans et je venais de décrocher mon premier « job d’été »…un vrai boulot dans une colonie de vacances située au Pas de l’Echelle, au pied du Mont Salève juste à la frontière suisse. Il suffisait de  traverser la route pour prendre le bus qui menait à Genève, six kilomètres plus loin.

    Nous étions toute une équipe de jeunes venus  renforcer  le groupe des  « permanents » de cette structure. On nous avait  affectés au  service de table dans l’une des maisons qui constituaient cette colonie, à la lingerie ou à la plonge. C’est à cette tâche justement que j’ai commencé mon expérience dans la vie active, et je peux affirmer qu’à cette époque, cela n’avait rien de déplaisant, bien au contraire…On faisait de merveilleuses rencontres et la bonne humeur et les éclats de rire étaient toujours d’actualité.

    Nous avions tous nos après-midi vacants et un jour de congé que nous passions la plupart du temps en excursion avec les colons pour découvrir la région… Nos  soirées inoubliables avaient le goût de l’insouciance de notre jeunesse.

    En effet, Vers vingt heures, après la dernière plonge et le dernier service, nous n’avions que l’embarras du choix. Parfois, nous décidions d’aller à Genève pour déguster une glace au Mövenpick, d’autres fois nous grimpions sur le Mont Salève pour faire un cinquième repas que l’on dénommait « le graillou »  (avec la tomme et le saucisson récupérés dans les frigos !!). Le  reste du temps, nous participions aux animations (jeux de société, soirées dansantes ou à thèmes) organisées par la femme du directeur « au foyer », une maisonnette de deux pièces rien que pour les animateurs et le personnel.

    C’était vraiment un mois de bonheur, un « job d’été » comme je le souhaite à tous les jeunes.

    « Soirée déguisée » annonce le panneau à l’entrée du foyer. Génial ! Avec ma sœur et toutes nos nouvelles amies, on passe l’après-midi dans les chambres au premier étage de la « Maison Blanche » à chercher dans les valises ce qui pourrait servir de déguisement…avec le peu que l’on a, on va encore trouver des trésors d’ingéniosité pour se transformer en poupée russe, corsaire, hippies (facile ! nous sommes à la fin des années soixante «  Peace and Love »  !)…

    Pour ma part, j’ai trouvé deux  longs jupons colorés que je superpose, un tee-shirt noir, un grand foulard de soie (c’est la mode !) que j’ajuste autour de ma taille et un autre que je noue sur mes cheveux…un peu de maquillage, des breloques (j’en ai justement acheté à Genève cet après-midi dans notre grand magasin préféré) et le tour est joué.

    Nous faisons tous grande impression. Je ne gagne pas le concours, mais je ne suis pas passée inaperçue auprès de Magaly, une animatrice que je connais à peine mais que je trouve hyper sympa :

    -          -  Tiens, la bohémienne, tire-moi les cartes ! » lance-t-elle en riant, en me tendant un jeu qu’elle vient d’aller chercher dans la pièce voisine.

    -         -   « D’accord, allons-y, mélange le tas et choisis six cartes »

    Il ne faut jamais me lancer un défi ! J’ai cette terrible manie de toujours essayer de  le relever, je ne sais pas pourquoi. En attendant, je joue  le jeu.

    Je  prends la pose adéquate et j’observe attentivement les cartes disposées sur la table…pendant ce temps, quelques curieux se joignent à nous…. Ce n’est pas le moment de flancher,  je prends un air sérieux et je commence à raconter ce qui me passe par la tête.

    Le plus drôle, c’est que je réalise très bien qu’il s’agit d’une simulation, d’un rôle que je joue, mais parallèlement, les mots et les phrases semblent sortir tout seuls, sans que je maîtrise vraiment la situation…. C’est la première fois que je  regarde des cartes de cette façon. A vrai dire, je n’y vois rien de spécial, je ne crois pas non plus qu’il puisse s’y trouver quelque chose d’intéressant à dire, sinon que le valet de carreau se trouve à côté du roi de pique ou de huit de cœur,  mais je tiens malgré tout un discours qui n’en finit pas. Je raconte une histoire, je balance des trucs qui m’étonnent moi-même (sur les traits de caractères de mon interlocutrice, de son passé et même des événements qui ne tarderont pas à se matérialiser !!!). N’importe quoi !

    Parfois, j’entends mon amie qui me lance :

    -          -  Comment tu fais, c’est exactement ça !!!

    Je lui parle ensuite de ses rêves, de ses moments de doute. Puis, progressivement, j’ai l’impression de  « lire » quelque chose dans le jeu qui est devant moi, comme si je regardais une affiche et que je découvrais des petites scènes à l’intérieur…c’est assez fugitif, et, comme je le disais tout à l’heure, je dis tout ce qui me passe par la tête…des choses que j’oublie presque instantanément…

    …Sauf une que je ne suis pas prête d’effacer de ma mémoire: je lui annonce le « départ » d’un être cher, un homme âgé.

    Aussitôt, je refais surface et je m’excuse auprès d’elle :

    -         J’ai dit n’importe quoi, je ne sais pas pourquoi je viens de t’annoncer ça, c’est stupide. Ce n’est qu’un jeu…Je n’ai jamais rien vu dans les cartes de ma vie….je n’y crois même pas.

    Gênée, je passe à autre chose, mais Magaly n’arrête pas de me dire que j’ai vu juste pour le reste…un hasard sûrement…j’aurai dit la même chose à une autre personne, elle aurait interprété différemment, c’est tout.

    Quelques mois plus tard, ma sœur, restée à « Bois Salève » pour travailler pendant la période scolaire m’envoie une lettre en me donnant des nouvelles de Magaly. Son grand-père qu’elle aimait beaucoup vient de « partir » …Il n’était pas malade et rien ne laissait présager une telle éventualité.

     

     

     

     

     

     

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